
C’est quelque chose de simple… et pourtant, à l’usage, nous devons le constater, la notion de bords perdus, zone de sécurité, marge de reliure, repères d’impression et autres est loin d’être claire et comprise… Et quand on voit comment certains prestataires d’impression – dont nos fournisseurs – les définissent, les expliquent et les demandent et comment certains logiciels les gèrent – et la traduction des termes techniques souvent anglo-saxons en français n’arrange pas les choses –, il faut être fort en maths pour s’y retrouver.
Le problème est simple : toutes les machines d’impression – toutes, de la vielle Ronéo d’antan à la presse offset ultramoderne en passant par les imprimantes de bureau – ont « du jeu » – jeu qui est indispensable pour que le papier ne coince pas pour un rien dans la machine… –, des marges d’impression pas toujours égales et les supports d’impression – tous, que ce soit du papier, du métal, du plastique, du bois – ont des tolérances de fabrication et « travaillent » – leurs dimensions varient, plus ou moins, en fonction de la température, de l’humidité… ou de la durée de stockage –. Difficile dans ces conditions d’imprimer « sans marges »…
La technique retenue par les fabricants d’imprimantes « photo » est proche que celle utilisée à l’époque de l’argentique : on agrandi un peu plus l’image que nécessaire pour être sûr qu’aucune marge ne soit visible sur le document imprimé… au détail près qu’il est bien plus compliqué de gérer de l’encre qui va se perdre dans la machine que de la lumière qui arrive ailleurs que sur du papier photo… Les imprimeurs procèdent différemment : on imprime sur un support plus grand que ce qui sera livré, on coupe ce qui dépasse et, comme l’encre arrive toujours sur du papier, c’est plus simple à gérer.
Les repères de coupe, bords perdus, marges, zone de sécurité, etc. issus de l’impression traditionnelle, permettent à tous ceux qui interviennent sur la production d’un imprimé, qu’il soit sur papier, métal, plastique ou tissus qu’il soit plié, relié, cousu ou non, de travailler ensemble et sont parfaitement adaptés aux contraintes propres à l’impression numérique. Les gabarits que certains prestataires d’impression mettent à disposition de leurs clients ne sont que la version actuelle des gabarits de page qui circulent depuis la Renaissance.
Il est essentiel de comprendre que c’est toujours celui qui imprime qui fixe le cahier des charges technique en fonction de ses contraintes et de ses équipements. Ce cahier des charges n’est pas un absolu mais dépend du travail demandé, chaque imprimeur définissant celui qui correspond à ce dont il a besoin…
Les repères de coupe (traits noirs sur notre gabarit, le document fini correspond au tracé rouge) sont imprimés sur le document et servent à la coupe au format fini. Les fichiers qui nous sont confiés ne doivent pas comporter de repères de coupe, nous ajoutons ceux dont nous avons besoin juste avant l’impression… Il en est de même pour les repères de pliage, de rainage (tracé bleu pointillé) et/ou prédécoupe (tracé orange pointillé).

Pour toute impression sans marges, il est indispensable que soit prévu, dès la conception du document, un bord perdu (tracé vert sur notre gabarit), bord perdu qui sera coupé après l’impression. Suivant le type de travail, le bord perdu demandé peut aller de 1 à 5 mm. Attention, aucun repère d’impression ne doit être visible dans le bord perdu… si ne n’est pas le cas, il est possible que ces repères se retrouvent sur l’imprimé qui sera livré !
Un exemple pratique : pour faire des d’affiches en format A3 et A1 et des flyers en format A5 du même visuel, nous devons recevoir 3 fichiers, un pour impression de 59,6 × 84,2 mm (affiche A1), un pour impression de 29,9 × 42,4 mm (affiche A3) – bord perdu demandé de 1 mm pour ces affiches – et un pour impression de 15,2 × 30,1 cm (flyer A5) – bord perdu demandé de 2 mm –. Ces fichiers ne sont pas homothétiques – et, si on veut qu’elles restent discrètes, en proportion, les mentions légales occupent plus de place sur un flyer que sur une affiche.
Parce qu’il peut y avoir un décalage entre l’impression du recto et du verso et qu’en cours d’impression, des décalages minimes dans la prise du papier peuvent survenir, il est prudent de ne pas mettre d’éléments importants trop près du (des) bord(s) et de prévoir des marges suffisantes pour que les éventuels décalages ne soient pas trop visible sur les éléments centrés. Ici aussi, les zones de sécurité dépendent du travail à réaliser et des équipements utilisés.
Pour les mêmes raisons, il est compliqué d’imprimer, et de couper, un document avec des marges régulières et/ou des coupes précises au recto et au verso. Si une impression demande une coupe précise sur une face, il est prudent de prévoir une marge de coupe plus importante pour l’autre face.
Il nous arrive régulièrement de devoir mettre en conformité des documents que l’on nous confie pour impression, que l’impression soit faite sur nos équipements ou que nous en confions l’impression à un prestataire… La mise en conformité des fichiers n’est pas toujours possible – les fichiers PDF offrent des possibilités d’intervention supérieures – et est une succession d’opérations très techniques, longues et, forcément, couteuses.

