IA or not IA ?

Image sélectionnée par Hasselblad pour l'Hasselblad Master 2026, et détails, avant remplacement par Hasselblad par une autre photographie – Montage © Petapixel

Au milieu d’une production d’images qui dépasse de très loin le nombre d’images qui peuvent être vues, les concours permettent de révéler les artistes et chefs d’œuvre d’aujourd’hui ou de demain.

Et des concours, il y en a tout le temps, sur tous les thèmes, gratuits ou pas, réservés aux amateurs ou aux professionnels, qui peuvent soumettre quelques images ou doivent candidater avec un travail de plus grande ampleur. Le prestige de l’organisateur – Hasselblad a fourni les appareils des missions Apollo et est une référence des photographes de mode et de studio –, les qualités du jury comme des candidats font la renommée de ces concours.

Organisé régulièrement depuis 2001, mais pas tous les ans – l’édition précédente avait été organisée ne 2023 –, réservé aux professionnels, avec des thématiques très ouvertes et un jury prestigieux, l’Hasselblad Masters fait partie de ces concours mondialement réputés.

Les photographes avaient jusqu’au 28 février pour soumettre leurs œuvres, œuvres qui pouvaient être produites avec n’importe quel appareil, et, fin avril, les organisateurs ont dévoilés les 70 images finalistes, 10 pour chacun des thèmes, celles qui seront soumises à la sévère sélection du jury.

Dans les jours qui ont suivi l’annonce, une des images sélectionnées posait question : un homme et une femme, dans la pénombre, assis à une table dans la rue ou à la terrasse d’un café – l’image faisait partie de la catégorie Street –, semblait, à minima avoir reçu un traitement – réduction du bruit, récupération de détails, amélioration de la netteté ou interpolation pour produire une image de plus grande taille et/ou de meilleure qualité – à base de logiciel reposant sur de l’intelligence artificielle – le résultat semble assez proche de ce que nous avons déjà produit pour des clients qui voulaient des tirages trop grands de photographies faites avec un smartphone et/ou transmises via les réseaux sociaux – ou, au pire, avoir été produite pas une IA générative. Petapixel a levé le loup le 29 avril – l’annonce des images sélectionnées ayant été faite le 28 –, d’autres ont relayés ou regardé si, dans l’image en question, d’autres éléments clochaient…

Le 18 mai, Petapixel a annoncé que l’image en question avait été remplacée par une autre… Hasselblad ayant indiqué procéder à des vérifications sans dire explicitement si l’image avait été disqualifiée…

Difficile de dire si le « photographe » a essayé de tromper le jury Hasselblad, s’il y a eu ou non démarche photographique de la part de l’auteur de l’image, si, dans l’état actuel de la législation, c’est ou non une œuvre de l’esprit qui aurait pu participer à un concours de photographie… L’histoire ne plaide malheureusement pas en faveur de ceux qui veulent qu’une photographie soit la captation d’une réalité plus ou moins imaginaire, arrangée ou pas : lors du dernier Parlement de la photographie, la démarche d’un artiste qui faisait des captations d’écran de jeu vidéo a été qualifiée de démarche photographique – en février 2021, Sylvain Lazzarin, du média canadien La Presse, s’interrogeait sur cette nouvelle pratique – et, bien plus tôt, on ne compte pas les autoportraits au photocopieur, les radiographies détournées et autres procédés photographiques qui reposent sur d’autres choses qu’un appareil photo, fût-il rudimentaire – les photogrammes sont-ils des photographies ?

Qu’il y ait eu un loupé chez celles et ceux qui ont fait la première sélection chez Hasselblad, peut-être… mais d’autres se sont déjà pris les pieds dans le tapis avant – le 27 avril de cette année, Petapixel, encore eux, révélait de Kenko Tokina était dans le même bateau…

Comme le rappelle Dunja Đuđić sur DIY Photography, en 2022, Jason Allen avait remporté le premier prix du concours de la Colorado State Fair avec une image générée Midjourney puis, en 2024, la photographie Flamingone de Miles Astray avait remporté les votes du public et du jury dans la catégorie intelligence artificielle du 1839 Awards.

Dans le même temps, dans une lettre ouverte, le CEO de VSCO, qui vend des applications destinées au photographes, défend que « Votre œil, la façon dont vous voyez le monde, ne peut pas être généré. Il ne peut pas être invité. C’est irremplaçable. Le vrai travail fait par de vraies personnes n’a jamais compté plus. Les gens ressentent la différence. Ils le recherchent, même lorsque l’algorithme ne le leur montre jamais.
»

Bis repetita ?

A la fin des années 1970, une poignée de spéculateurs ont joué sur un métal précieux, moins contrôlé que l’or et dont la production était, et en encore, très inférieure aux besoins de l’industrie : l’argent.

Les frères Hunt, qui cherchaient à protéger leur patrimoine, seraient, en achetant tout l’argent métal disponible et provoquant ainsi une pénurie mondiale, à l’origine de la forte hausse du cours l’argent métal. « Il n’y avait plus d’argent [métal] » et il a fallu trouver des parades…

L’industrie photographique, au sens large, avait été particulièrement touchée : c’était à l’époque la plus grande consommatrice d’argent métal. Il ne faut pas l’oublier, une radio des poumons – pratique courante à l’époque –, c’est l’équivalent de six 36 poses, un film cinéma de 90 minutes, c’est 2,5 km de pellicule – et il faut une copie par salle et par film – et un imprimé A4 en quadrichromie offset, c’est, à minima, entre ¼ et ½ m² de film. La pénurie organisée pour faire grimper les cours avait fait, qu’en moins de temps qu’il en faut au marché pour s’adapter, le prix des pellicules avait été multiplié par plus de 4 ! Continuer la lecture de « Bis repetita ? »

Début de bicentenaire…

Il y a 200 ans et quelques jours, le 16 septembre 1826, Joseph Nicéphore Niepce écrivait à son frère Claude “Depuis ma dernière lettre, j’ai été un peu contrarié par le mauvais temps : malgré cela, j’ai la satisfaction de pouvoir t’annoncer enfin qu’à l’aide du perfectionnement de mes procédés, je suis parvenu à obtenir un point de vue tel que je pouvais le désirer, et que je n’osais guère pourtant m’en flatter, parce que jusqu’ici, je n’avais eu que des résultats fort incomplets. Ce point de vue a été pris de ta chambre du côté du Gras ; et je me suis servi à cet effet de ma plus grande c.o. (camera obscura, NDLR) et de ma plus grande pierre. L’image des objets s’y trouve représentée avec une netteté, une fidélité étonnantes, jusque dans ses moindres détails, et avec leurs nuances les plus délicates. Comme cette contre-épreuve n’est presque pas colorée, on ne peut bien juger de l’effet qu’en regardant la pierre obliquement : c’est alors qu’il devient sensible à l’œil, à l’aide des ombres et des reflets de lumière ; et cet effet, je puis le dire, mon cher ami, a vraiment quelque chose de magique.”

De cette première photographie, sur pierre lithographique, la lettre de Niepce à son frère est la seule trace. Il est probable que Niepce, comme tous les lithographes, nettoyait et réutilisait ses pierres…

Sans vestige, difficile de dater une invention… Le bicentenaire de la photographie sera donc célébré, à Chalon sur Saône, en France et dans le monde au début de l’été 2027, 200 ans après la réalisation du Point du vue du Gras, la première photographie qui nous soit parvenue.

Et, le 7 janvier 2039, on célèbrera le don de la photographie au monde par la France, annoncé par François Arago devant l’Académie des sciences.

En 200 ans, les évolutions techniques se sont succédées, le bitume de Judée et la pierre lithographique ont laissé la place au silicium, la conservation de l’image se fait dans un autre petit morceau de silicium ou dans les nuages – de silicium –, on regarde les images sur des petits bouts de verre qui protègent une mince couche de molécules organiques et, parfois, exceptionnellement, on met sur un support physique les meilleures images.

 

Le mois de la photo, c’est aussi dans notre boutique…

Notre boutique ne laissait pas assez de place aux photographies alors que le tirage photographique est, de loin, notre activité principale…

Nous profitons du mois de novembre, le « mois de la photo », et du rattrapage du retard pris dans la mise en ligne de nouvelles œuvres – merci Google – pour mettre la photo à l’honneur avec de nombreuses nouveautés à découvrir tout au long de ce mois.

Et après ? Nous proposerons encore des nouvelles reproductions dans notre boutique… mais a un rythme un peu moins soutenu.