La solution de facilité…

À l’élève qui lui demandait quel était l’instrument le plus facile, un professeur de musique a répondu : « la chaîne Hi-Fi ». La réponse date l’événement, nul n’a compris si la réponse était sérieuse, réfléchie, agacée, teintée d’humour au 1er, 2e ou 3e degré…

Les vestiges des premiers instruments de musique – des sifflets en os – sont contemporains, à quelques milliers d’années près, des premières sculptures – des objets sans utilité fonctionnelle – et des premières représentations graphiques connues.

Ce qui a suivi n’est qu’une évolution régulière, au fur et à mesure que les connaissances techniques, la science des matériaux, les théories, la dextérité humaine, plus ou moins contrainte, progressaient.

Qu’y a-t’il entre un sifflet en os et le dernier modèle de violon électrique ? Qu’y a-t’il entre un morceau de charbon de bois et la dernière version de Photoshop / Gimp / Inkscape / Da Vinci Resolve / CorelDRAW et autres ? Juste l’utilisation de plus en plus poussée de technologies de plus en plus complexes. Rien de plus.

Entre l’outil et l’œuvre, il y a le travail de l’artiste… travail qui implique la connaissance des classiques, la maîtrise des règles et méthodes traditionnelles, le geste technique… avant de pouvoir les transgresser pour aller plus loin.

Les outils d’IA générative d’aujourd’hui ne sont que la n-ième génération d’outils permettant de produire plus vite, moins cher et sans fournir les efforts indispensables – apprendre prend du temps –, textes, images fixes ou animées et musiques. Il est facile, au nom du progrès, de dire que, demain, il ne sera plus nécessaire d’apprendre pour faire… comme, déjà, au milieu du XVIIe siècle, Blaise Pascal, inventeur de la Pascaline, avait annoncé qu’il ne serait désormais plus nécessaire d’apprendre à compter…

En plus d’engloutir plus de circuits mémoire et de supports de stockage que l’industrie ne peut en produire, de provoquer, en conséquence, pénurie de composants informatiques et forte hausse des prix, de consommer une quantité phénoménale d’énergie et d’eau – il faut bien refroidir les machines –, l’industrie de l’IA pille les contenus culturel, au mépris des législations sur les droits d’auteurs et droits voisins.

Ce mardi, les présidents de groupe de l’Assemblée nationale doivent décider l’inscription à l’ordre du jour de la proposition de loi n°2634 relatif à l’instauration d’une présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’intelligence artificiel, projet de loi transpartisane préparé et signé par Laure Darcos (Horizons), Agnès Evren (Les Républicains) et Pierre Ouzoulias (Parti communiste) et adopté à l’unanimité au Sénat le 8 avril à l’issue d’une commission d’enquête parlementaire… Pour le groupe Ensemble pour la République, l’étude de projets de loi sur l’interdiction de la vente de chiens et de chats sur les foires et salons et sur l’interdiction de la vaisselle plastique dans la restauration collective sont plus urgentes…

Et avant ?

L’histoire raconte que si Nicéphore Niépce s’est intéressé à ce qui allait devenir la photographie, c’est parce qu’il voulait faire de la lithographie mais ne savait pas dessiner… De ses travaux, sont nés la photographie mais aussi l’héliogravure… Il ne faut jamais oublier que tous les composants électroniques à la complexité croissante produits actuellement, ces composants qui font tourner l’IA, le sont par des procédés dérivés de l’héliogravure et de la photographie !

Dans les années 90, Corel a eu la bonne idée de joindre à ses logiciels de dessin un nombre de plus en plus important d’images vectorielles et de polices de caractères de qualité… Corel continuant à vendre ses vieilles versions, moins chères, mais avec des bibliothèques moins garnies. Avec internet, fini les CD-Rom et DVD, tout est en ligne, souvent gratuitement quitte à contourner la licence… Si les ressources disponibles moyennant finances sont de qualité, il faut parfois ruser pour utiliser certaines polices ou certains dessins.

En 2008, dans son mémoire de fin d’études, Yoann Bertrandy portait un regard sur tous ces graphistes qui s’ignorent. Font-ils création d’œuvres originales ? Quels outils utilisent-ils aujourd’hui ? Quelques années plus tard, Pierre Braun, reprenant le titre du mémoire devenu livre de Yoann Bertrandy, regarde la production de masse…

Canva est la dernière itération de ce modèle : nous avons un logiciel qui est ce qu’il est, avec ses limites… mais vous avez accès gratuitement à une collection quasi illimitée de modèles et éléments graphiques. Est-ce un outil utile ? Certainement. Est-ce un outil qui permet de faire un travail professionnel ? À ce jour, catégoriquement non.

L’avenir est là…

Début octobre, Serif, l’éditeur d’Affinity Photo, Designer et Publisher invitait ses utilisateurs à « découvrir avant tout le monde l’avenir »… et fermait le forum de discussion – remplacé par un Discord créé fin septembre –, bloquait l’achat de nouvelles licences…

Aucune information officieuse, aucune rumeur, un teasing minimal : il faut attendre le 30 octobre…

Pendant presque un mois, certains annonçaient la sortie d’une nouvelle version majeure – la version 2 était sortie le 10 novembre 2022 et le passage à une une version 3 devenait probable – ou le remplacement de la licence perpétuelle par un abonnement…

Le 30 octobre, depuis Sydney, Ash Hewson, le CEO de Serif, lors de la Canva’s World Tour keynote – Canva a acheté Serif au printemps 2024 –, a annoncé, sous les applaudissements, la fusion d’Affinity Photo, Designer et Publisher dans Affinity Studio et un grand changement : « Nous voulons redonner la liberté aux créatifs. Affinity est désormais totalement gratuit, pour tout le monde, et pour toujours ».

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Canva n’est pas le bon outil…

Avec plus d’un milliard d’utilisateurs revendiqués, 220 millions d’utilisateurs mensuels, 5 000 collaborateurs de par le monde, un logiciel phare accessible gratuitement pour les particuliers avec des fonctionnalités limitées sur tablette, smartphone ou n’importe quel ordinateur personnel permettant d’accéder à internet, des versions payantes pouvant répondre aux besoins les plus divers, une réserve de modèles variés alimentée par les utilisateurs, l’accès aux banques d’images et d’illustrations Pixabay et Pexels qu’il a racheté, l’acquisition de Serif – l’éditeur des logiciels Affinity que nous utilisons au quotidien – au printemps de cette année puis, fin juillet, de la plateforme de génération de contenu Leonardo, Canva est devenu, en une douzaine d’années, un des poids lourds de la création graphique.

Nous n’aimons pas Canva et facturons, sans états d’âme, des frais de mise au format / mise au normes / corrections colorimétriques / remplacement d’éléments visuels et autres à nos clients qui désirent imprimer « leurs » créations sur nos équipements ou, quand c’est une meilleure solution technique ou économique, chez les prestataires avec lesquels nous travaillons. Continuer la lecture de « Canva n’est pas le bon outil… »