
Au milieu d’une production d’images qui dépasse de très loin le nombre d’images qui peuvent être vues, les concours permettent de révéler les artistes et chefs d’œuvre d’aujourd’hui ou de demain.
Et des concours, il y en a tout le temps, sur tous les thèmes, gratuits ou pas, réservés aux amateurs ou aux professionnels, qui peuvent soumettre quelques images ou doivent candidater avec un travail de plus grande ampleur. Le prestige de l’organisateur – Hasselblad a fourni les appareils des missions Apollo et est une référence des photographes de mode et de studio –, les qualités du jury comme des candidats font la renommée de ces concours.
Organisé régulièrement depuis 2001, mais pas tous les ans – l’édition précédente avait été organisée ne 2023 –, réservé aux professionnels, avec des thématiques très ouvertes et un jury prestigieux, l’Hasselblad Masters fait partie de ces concours mondialement réputés.
Les photographes avaient jusqu’au 28 février pour soumettre leurs œuvres, œuvres qui pouvaient être produites avec n’importe quel appareil, et, fin avril, les organisateurs ont dévoilés les 70 images finalistes, 10 pour chacun des thèmes, celles qui seront soumises à la sévère sélection du jury.
Dans les jours qui ont suivi l’annonce, une des images sélectionnées posait question : un homme et une femme, dans la pénombre, assis à une table dans la rue ou à la terrasse d’un café – l’image faisait partie de la catégorie Street –, semblait, à minima avoir reçu un traitement – réduction du bruit, récupération de détails, amélioration de la netteté ou interpolation pour produire une image de plus grande taille et/ou de meilleure qualité – à base de logiciel reposant sur de l’intelligence artificielle – le résultat semble assez proche de ce que nous avons déjà produit pour des clients qui voulaient des tirages trop grands de photographies faites avec un smartphone et/ou transmises via les réseaux sociaux – ou, au pire, avoir été produite pas une IA générative. Petapixel a levé le loup le 29 avril – l’annonce des images sélectionnées ayant été faite le 28 –, d’autres ont relayés ou regardé si, dans l’image en question, d’autres éléments clochaient…
Le 18 mai, Petapixel a annoncé que l’image en question avait été remplacée par une autre… Hasselblad ayant indiqué procéder à des vérifications sans dire explicitement si l’image avait été disqualifiée…
Difficile de dire si le « photographe » a essayé de tromper le jury Hasselblad, s’il y a eu ou non démarche photographique de la part de l’auteur de l’image, si, dans l’état actuel de la législation, c’est ou non une œuvre de l’esprit qui aurait pu participer à un concours de photographie… L’histoire ne plaide malheureusement pas en faveur de ceux qui veulent qu’une photographie soit la captation d’une réalité plus ou moins imaginaire, arrangée ou pas : lors du dernier Parlement de la photographie, la démarche d’un artiste qui faisait des captations d’écran de jeu vidéo a été qualifiée de démarche photographique – en février 2021, Sylvain Lazzarin, du média canadien La Presse, s’interrogeait sur cette nouvelle pratique – et, bien plus tôt, on ne compte pas les autoportraits au photocopieur, les radiographies détournées et autres procédés photographiques qui reposent sur d’autres choses qu’un appareil photo, fût-il rudimentaire – les photogrammes sont-ils des photographies ?
Qu’il y ait eu un loupé chez celles et ceux qui ont fait la première sélection chez Hasselblad, peut-être… mais d’autres se sont déjà pris les pieds dans le tapis avant – le 27 avril de cette année, Petapixel, encore eux, révélait de Kenko Tokina était dans le même bateau…
Comme le rappelle Dunja Đuđić sur DIY Photography, en 2022, Jason Allen avait remporté le premier prix du concours de la Colorado State Fair avec une image générée Midjourney puis, en 2024, la photographie Flamingone de Miles Astray avait remporté les votes du public et du jury dans la catégorie intelligence artificielle du 1839 Awards.
Dans le même temps, dans une lettre ouverte, le CEO de VSCO, qui vend des applications destinées au photographes, défend que « Votre œil, la façon dont vous voyez le monde, ne peut pas être généré. Il ne peut pas être invité. C’est irremplaçable. Le vrai travail fait par de vraies personnes n’a jamais compté plus. Les gens ressentent la différence. Ils le recherchent, même lorsque l’algorithme ne le leur montre jamais. »

